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LE PROJET
JEDBURGHS:
C'
est à l'automne 1943, qu' américains et britanniques
lancèrent le recrutement d' un nouveau corps de paras-commandos,
tous Officiers et S/officiers. L' accent était mis sur
l' excellente condition physique, la détermination, l'
endurance, l' initiative, le travail en équipe, la pratique
des transmissions et du morse, du parachutisme et de la langue
du pays dans lequel ils seraient parachutés.
Leur mission serait d'agir au coeur des pays occupés,
de s' infiltrer à l' arrière des lignes ennemies
par équipes de trois -toutes nationalités confondues-
pour une action de "guerilla directe" avec les maquis
de la Résistance et de soutien aux Armées Alliées
après les débarquements.
Le S.O.E britannique était leader dans ce projet et au
cours de l'été les américains fondèrent
l'O.S.S. Le nom de code "Jedburgh" aux équipes
du Colonel Wilkinson (S.O.E.) fut étendu à celles
du Colonel Donovan (O.S.S.) C'est à ce moment que les français
du B.C.R.A. furent à leur tour intégrés au
projet., tant en Angleterre qu'en Algérie, nous le verrons.
A la suite d'une semaine de manoeuvres du nom de code "Spartan"
les structures et les fonctions définitives des équipes
Jed furent mises en place :
- Les équipes comprendraient un Officier britannique ou
américain et un Officier de la nationalité du pays
où se dérouleraient les opérations, également
un opérateur-radio.
- La mission de chaque équipe serait d'entrer en contact
avec les maquis et les groupes de Résistance, de leur transmettre
les ordres du Haut-Commandement, de leur distribuer des armes,
d' organiser leurs communications radio, de prévoir leurs
ravitaillements de toute nature provenant du ciel.
- Les équipes ne seraient pas parachutées sauf exception
prés des têtes de ponts, mais bien loin derrière
les lignes ennemies où se trouvaient deja des groupes de
Résistance qu'il faudrait organiser, équiper, instruire
au maniement de l' armement et des explosifs, fournir des liaisons
radio et de plus, si nécessaire assurer leur commandement.
Début 1944, un Quartier - Général des Forces
Spéciales ( S. F. H. Q. ) fut créé avec sous
son autorité un "Bureau Jedburgh" sous commandement
franco-anglo-américain chargé de s' occuper de tout
ce qui concernait ces Commandos. Ce service faisant partie du
S.O.E - H.Q, il s' installa lui aussi à Baker Street dans
Londres où déja à cette époque résidaient
les Sections "F" et "RF" du S.O.E.
On approchait maintenant de la phase active d'Overlord dont l'
éxécution avait été remise plusieurs
fois...
MILTON
HALL ET L' ENTRAINEMENT:
Depuis décembre 1943, un lieu avait été choisi
pour l' entraînement des équipes: Milton Hall (Peterborough)
fut réquisitionné et on lui donna le numéro
de code ME 65 pour des raisons de sécurité.
Les Jedburgs avaient été recrutés parmi des
gens déjà entrainés au combat ; certains
d' entre eux avaient déjà combattu et certains même
avaient été blessés.
L' entrainement spécifique portait sur les transmissions,
le sabotage, les sauts en parachute, le tir instinctif. Tout cela
dans une ambiance très sereine malgrè la rigidité
de l' enseignement. On leur apprit également à traiter
avec beaucoup de tact et de discernement , ces " soldats
sans uniformes " qu' étaient les maquisards et de
savoir les préparer à cette forme de combat particulier
en utilisant des équipements et des armements trés
modernes.
On créa même pour eux des postes radio adaptés
à leur mission comme le "Jedset",
(voir page radios) tant les liaisons avec le Commandement
étaient importantes et prioritaires.
Tout au long de l'entrainement un tri sévère s'
était effectué, ne permettant même pas d'atteindre
le nombre de cent équipes.
La formation des Equipes s' effectuait par "cooptation"
tant il était important d' obtenir "sur le terrain"
une totale et parfaite cohésion.
Désormais chaque "Jed" savait que dans peu de
temps les équipes recevraient, les unes après les
autres, discrètement, l'ordre de se préparer, de
recevoir leurs instructions puis de rejoindre l'aérodrome,
de mettre leur parachute et de voler par une nuit de lune vers
la France. Certaines équipes allaient partir seules, d'
autres avec des Sticks S.A.S. ou des Missions Inter-alliées.
Entre le front et les arrières ennemis quatre-vingt treize
Teams allaient contribuer à l'organisation et à
la coordination de plusieurs milliers de combattants irréguliers
dans les Maquis préparant le largage de milliers de tonnes
d' armes et de munitions, soutenant les efforts des divisions
lourdes en détruisant les innombrables ponts, empêchant
l'ennemi d' utiliser les routes et les routes stratégiques
des régions, en dégageant villes et villages pour
créer de vastes périmétres de sécurité.
Quelques équipes se mêleraient à de petits
groupes de Résistance, d' autres allaient se joindre aux
Forces Combattantes pour protéger les flancs des Divisions
Alliées dans leurs avancées rapides. Il s' agissait
aussi de transmettre rapidement des renseignements de première
importance sur les dispositifs ennemis, d' indiquer les "points
forts" de l'ennemi aux Formations Alliées et de les
y mener, puis de combattre à leurs côtés le
cas échéant et de capturer des milliers d' ennemis.
Les Jeds étaient prêts pour tout cela. Leur combat
et leur vie là -bas, seraient l' insolite, l' imprévisible,
l' innatendu. Le Haut-Commandement pouvait compter sur eux...jusqu'au
bout!
LES
JEDS D'ALGERIE:
Le recrutement avait été également
réalisé pour les français, par les agents
du B.C.R.A d'Alger au sein de toutes les formations de l'Armée
d'Afrique et les volontaires avaient rejoint le fameux Camp des
Pins en bordure des plages de Sidi-Ferruch et Staouéli
où s' entrainaient déja avec ardeur le Bataillon
de Choc et les Commandos de France. Egalement, une Ecole est installée
au Col du Chrea.
Ces équipes agiraient dans le sud de la France (voir carte
des équipes) et c' est de Blida qu' elles seraient alors
acheminées par le 624 è Groupe de la R.A.F "Special
Duty Squadron" (voir Links) comme les autres missions inter-alliées.
C' est ainsi que 24 "Teams" seront acheminés
vers la France depuis l'Algérie. Le premier, "Packard"
dés le 1er aout est parachuté prés de Barre
des Cevennes.
C'est en tout 93 Equipes Jeds qui seront engagées, certaines
plusieurs fois soit 101 missions (voir annexe 3). En juin 14 tout
d'abord dont 7 depuis l'Algérie et 13 en juillet surtout
sur la partie Nord de la France -Bretagne principalement- Pourtant
Londres au fur et à mesure qu'évoluait la situation
en Normandie semblait ne plus tenir à engager les Jeds
et même sur le terrain ceux-ci sentirent malgré des
résultats probants qu'on les abandonnait à leur
propre sort.
Indéniablement le Commandement se privait d'un "atout"
de valeur que représentaient ces commandos aguéris
et capables de réaliser avec succés un éventail
trés large de missions -renseignement, encadrement, guidage,
parachutages, etc...
L'HALLALI
Après
le 14 juillet, le Haut Commandement Allié devant la stabilisation
du front et le ralentissement notoire de la progression des troupes
débarquées en Normandie ainsi que le désir
américain d' en avoir fini à Noël, trouve un
regain d'intérêt pour les équipes "Jeds".
S' en suit la mise en place de tout ce qui reste d' équipes
disponibles: En
aout, 50 équipes sont parachutées et les Jeds sont
partout en France, 17 teams viennent d' Algérie vers la
Zone Sud. Ceci est dû aussi au Débarquement en Provence
et au reflux vers leur réduit national des Divisions ennemies.
Le seul team Belge est parachuté dans les Ardennes le 15
aout 1944.
En septembre, ce sont 16 équipes qui sont parachutées
en France depuis la Grande-Bretagne. Il faut signaler qu' en même
temps pour l'Opération "Market Garden" sur Arnhem,
huit équipes sont parachutées sur la Hollande (7
équipes avec des Hollandais et 1 équipe française).
La dernière équipe larguée, le sera le 17
novembre 1944 dans le Haut-Rhin. Il s' agit de "Julian II"
équipe entièrement française.
Les "Jeds" devaient toujours opérer en uniforme.
Toutefois l' équipe "Augustus" parachutée
dans l' Aisne pu guider les Unités Américaines lors
de leur arrivée dans la région de Soissons. Pour
parfaire leur travail de renseignement les "Jeds" de
cette équipe traversèrent les lignes allemandes
au nord de Laon. Opérant en civil ils furent tout de même
repérés et fusillés sur place.
Les "Jeds" accomplirent également de nombreuses
missions de sabotage avec les Maquis pour couper la retraite aux
forces ennemies. Les actions les plus spectaculaires qu' ils eurent
à accomplirent furent celles menées contre la Division
"Das Reich" et contre la seizième Division "Elder"dans
la région de Beaugency.
C' est également au Team "Alexandre" qu' est
due la découverte de l' existence des V4 aux effets beaucoup
plus dévastateurs que les V1 et V2, dont les essais avaient
lieu dans la région de Royan .
Lorque leur mission comme "Jedburghs" prit fin un grand
nombre d' entre eux participa à d' autres missions derrière
les lignes ennemies avec d' autres Forces Spéciales, en
Hollande, en Norvège, en Italie, en Allemagne... C' est
également à base des équipes "Jeds"
qu' on mit sur pied le "Special Allied Airborne Reconnaissance
Force" - S.A.A.R.F. afin de protéger les prisonniers
alliés des excés de vengeance de la part de ceux
qui les avaient capturés. La guerre une fois finie en Europe
les "Jeds" intervinrent à Burma, en Malaisie,
à Sumatra, à Bornéo, en Chine et en Indochine
(Force 136).
Malgré les risques encourus (lorqu' on est parachuté
dans les territoires occupés par l' ennemi par des avions
volant à basse altitude, que l' on transmet quotidiennement
des messages sur ondes courtes, qu' on se livre au sabotage et
aux actions de renseignement) les "Jeds" subirent des
pertes bien en dessous de ce qui avait été prévu
au départ.
Ils eurent à dénombrer 30 tués dont 21 en
action, 2 qui succombèrent à leurs blessures alors
qu' ils étaient aux mains de l'ennemi, 7 furent exécutés
après leur capture : 3 sommairement, 2 par peloton d'exécution
dans un camp de concentration. En Extrême-Orient, 1 fut
tué par une baïonnette japonaise, 1 autre fut décapité.
Leur grand regret restera qu'ils n'eurent pas des chefs à
la hauteur de leurs tâches et qui manquaient d 'imagination
pour utiliser à bon escient toutes les armes de leur arsenal
(irrégulières ou non)
" L'idée fut brillante, l'entraînement
superbe mais entre les limites qu'imposaient les Généraux
et les prétentions des hommes politiques, une occasion
formidable fut gâchée. C'est grâce à
l'adaptation, à la détermination d'hommes qui avaient
la volonté d'aller jusqu'au bout que cette idée
eut la portée qui finalement fut la sienne".
L'histoire des "Jeds" ne s' arrête pas à
la fin de la seconde guerre mondiale. Américains, Français
et Britanniques furent récupérés par les
Services Secrets de leur pays. Pendant quelques mois on assista
même en Indochine à certaines situations paradoxales
où des "Jeds" américains se trouvèrent
sur ordre de leur gouvernement aux côtés d'Hô
Chi Minh, face à des "Jeds" français.
Ce sont également des "Jeds" qui seront à
l'origine de la création de 2 Forces Spéciales d'aprés
guerre: les Berets Verts américains et le 11ème
Choc français .
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